Cet Ă©tĂ©, chaque dimanche, franceinfo cĂ©lĂšbre lâanniversaire dâun hĂ©ros de bande dessinĂ©e. Aujourdâhui Tintin, nĂ© en reporter Ă la houppe est nĂ© en 1929 dans les pages du petit XXe, le supplĂ©ment jeunesse du journal belge le XXe siĂšcle. De lui et de ses 24 aventures publiĂ©es, on sait tout ou presque. Aucun autre hĂ©ros de BD nâa donnĂ© lieu Ă autant de livres de commentaires. Plus de 400 Ă ce jour. On rappela ici que, pour sa premiĂšre aventure, HergĂ© envoya le jeune journaliste et son chien Milou au Pays des Soviets, pour dĂ©noncer auprĂšs des jeunes lecteurs belges les mĂ©faits du communisme dans la jeune Union soviĂ©tique ; que câest Ă la page 8 de cette histoire que Tintin, pris par la vitesse du bolide quâil conduit, sent la mĂšche de cheveux quâil a sur le front se relever Ă cause du vent â elle ne redescendra plus jamais ; que Michel Serres voyait dans les traits simplifiĂ©s du visage de notre hĂ©ros la possibilitĂ© pour chaque lecteur de passer sa tĂȘte au travers, et de vivre pleinement Ă son tour toutes ces aventures ; que la famille de Tintin - le capitaine Haddock, les faux jumeaux Dupond et Dupont, le professeur Tournesol, le majordome Nestor, pour ne parler que des principaux personnages - cette famille sâest construite petit Ă petit avant et aprĂšs-guerre. Pour la retrouver cet Ă©tĂ©, Ă lâoccasion dâun autre anniversaire, celui du vol dâApollo 11 en 1969, on relira avec bonheur le diptyque prĂ©monitoire Objectif Lune et On a marchĂ© sur la Lune, que Casterman réédite en intĂ©grale. Enfin, Tintin, câest lâexemple parfait de ce quâon appelle dĂ©sormais la ligne claire. Tintin, câest lâhistoire dâun mec de 20 ans, HergĂ©, qui fait une bande dessinĂ©e et qui dĂ©cide dây consacrer toute sa vie. Le dĂ©clic se produit quand, pour accompagner la fin de la publication des 'Soviets', on dĂ©cide de dĂ©guiser un jeune belge en moujik, de lui adjoindre un chien qui ressemble vaguement Ă Milou et de les faire grimper dans un train pour Bruxelles. HergĂ© est Ă bord. A lâarrivĂ©e, la gare est noire de monde. HergĂ© se dit quâil se passe quelque chose et quâil tient un personnage et une Ă©criture, la bande dessinĂ©e, alors balbutiante. Jean-Pierre Mercier, longtemps conseiller scientifique de la CitĂ© de la BD dâAngoulĂȘme HergĂ© ne voulait pas quâun autre dessinateur reprenne son personnage aprĂšs sa mort. Il reste les films. AprĂšs celui de Spielberg, Le Secret de la Licorne, Peter Jackson prĂ©pare le deuxiĂšme volet, adaptĂ© des Sept Boules de Cristal et du Temple du Soleil. Du cĂŽtĂ© des exĂ©gĂštes, le scĂ©nariste et historien de la bande dessinĂ©e BenoĂźt Peeters publie en septembre Dans les coulisses des aventures de Tintin aux Ă©ditions Bayard.
Lestableaux ci-dessous prĂ©sentent les 60 hĂ©ros les mieux placĂ©s dans le classement gĂ©nĂ©ral (sur 99 testĂ©s). Harris Interactive observe que «les hĂ©ros de mangas peinent encore Ă se faire une place dans le cĆur des Français». En effet le premier hĂ©ros issu dâune bande dessinĂ©e japonaise est Sangoku (7%), personnage principal de Dragon Ball, qui est lui-mĂȘme Travail actuellement en finalisation Ici, la derniĂšres illustrations pour la couverture d'une BD au but d'informer les Ă©tapes d'une interventions et traitement de l'AVC Voici le tome 1 de la famille de Monsieur et madame Henry et de leur robot E-lium. Ils sont nommĂ©s Einstein Family par ceux qu'ils les connaissent un peu car leurs amour des sciences et de la physique et aussi leur joie de vivre. Le premier tome est accessible depuis leurs site dont voici le lien Ces planches dans un style speed-thrash, sont issues de mon amour pour la science fiction et elle sont rĂ©alisĂ©es rapidement au lavis. Le hero est un Android qui est envoyĂ© en reconnaissance sur des exoplanĂštes dont il ne revient jamais... Cet un personnage inspirĂ© de l'android David, de Weyland Corp des films d'Alien ï»żwangpdpPersonnage de Dessin animĂ© Chat hĂ©ros Affiche Je suis hĂ©ros Art Toile Peinture Ă l'huile Imprime Chambre d'enfants hĂ©ros de Bande dessinĂ©e 42x60 cm Parce quâaucun sujet dâactualitĂ© nâĂ©chappe dĂ©sormais Ă sa curiositĂ©, la bande dessinĂ©e a quelque chose Ă dire sur la crise migratoire. En tĂ©moigne la constitution, en quelques annĂ©es, dâun vĂ©ritable corpus sur le sujet. Et en atteste le choix du festival Lyon BD dây consacrer, du 5 au 10 juin, une exposition cette annĂ©e, sous le titre RĂ©fugiĂ©s ». En octobre 2013, le sujet avait Ă©tĂ© Ă©voquĂ© par le MusĂ©e national de lâhistoire de lâimmigration, situĂ© porte DorĂ©e Paris 12e, qui avait, Ă travers 500 piĂšces, traitĂ© des relations entre bande dessinĂ©e et mouvement migratoire », au sens large. Lâaccrochage lyonnais se penche, ici, sur la façon dont le 9e art traite de la situation des rĂ©fugiĂ©s arrivĂ©s en Europe ces derniĂšres annĂ©es au pĂ©ril de leur vie, et dans des proportions jamais vues. Zep transpose la guerre en Syrie Câest pour contrecarrer la banalisation mĂ©diatique du phĂ©nomĂšne, due Ă la surabondance dâimages tĂ©lĂ©visĂ©es dramatiquement identiques, que Zep fut lâun des premiers Ă sâemparer du sujet, en septembre 2015. Il le fit au prix dâune audace inĂ©dite tenant de la transgression artistique mettre Ă mal son personnage fĂ©tiche, Titeuf, Ă lâoccasion dâun court rĂ©cit qui transposait la guerre en Syrie sur le sol europĂ©en. Feutre Ă la main, le dessinateur suisse avait alors dĂ©versĂ© des bombes sur le quartier du jeune hĂ©ros, tuant ses parents, ses copains, sa maĂźtresse dâĂ©cole, lâobligeant Ă fuir vers une frontiĂšre qui refuse de sâouvrir. PubliĂ©e sur son blog hĂ©bergĂ© sur Le Monde. fr, cette histoire bouleversa un nombre considĂ©rable de lecteurs. Je nâavais pas envie de commenter la situation des rĂ©fugiĂ©s qui a Ă©tĂ© analysĂ©e par tant de spĂ©cialistes et de politologues. Je me suis juste dit que ce serait intĂ©ressant dâavoir un tĂ©moignage de lâintĂ©rieur, en utilisant un personnage quâon connaĂźt tous, car cela nous toucherait beaucoup plus », indiquait rĂ©cemment Zep au hors-sĂ©rie du Monde consacrĂ© Ă Titeuf, en se souvenant dâavoir terminĂ© ce strip vertical de 42 cases dont la derniĂšre est toute noire en tremblant, les larmes aux yeux. © zep Si donner la mort Ă son propre hĂ©ros, mĂȘme symboliquement, est un moyen trĂšs fort pour dĂ©noncer lâinacceptable, la bande dessinĂ©e possĂšde dâautres atouts pour y parvenir. Le recours Ă un style graphique spĂ©cifique en est un. Dans Alpha. Abidjan-gare du Nord Gallimard, 2014, scĂ©nario de Sandrine Bessora, le dessinateur StĂ©phane-Yves Barroux a ainsi optĂ© pour un trait dâune grande instabilitĂ©, afin de simuler au mieux la situation dâurgence et de prĂ©caritĂ© Ă laquelle est confrontĂ© son hĂ©ros ivoirien, embarquĂ© dans un pĂ©riple mouvementĂ© Ă travers lâAfrique et lâEurope, dans lâespoir de retrouver sa femme et son enfant, partis quelques annĂ©es avant lui. Alpha Coulibaly a un visage, certes jetĂ© Ă la va-vite dans cet album, mais il en possĂšde un. © STĂPHANE-YVES BARROUX & SANDRINE BESSORA, Gallimard, 2014 YĂ©ti, lui, nâen a pas dans Terre dâaccueil Sarbacane, 2010, un album de lâItalien Alessandro Tota coĂ©ditĂ© par Amnesty International. Cette masse informe rendue expressive par la prĂ©sence de deux seuls yeux symbolise, elle, la figure du dĂ©racinĂ© comment mieux dĂ©peindre la dĂ©personnification des exilĂ©s autrement que par cette absence de traits faciaux et de lâidentitĂ© qui lâaccompagne ? Les auteurs de bande dessinĂ©e ont la facultĂ© de transfigurer leur ressenti par une libertĂ© formelle quasi illimitĂ©e, et, Ă la diffĂ©rence des journalistes, ils ne sont pas contraints dâobĂ©ir Ă des impĂ©ratifs dâobjectivitĂ© stricte ni au diktat de lâactualitĂ©, souligne Vincent Raymond, le commissaire de lâexposition lyonnaise inspirĂ©e par un projet transmĂ©dia dâArte portant le mĂȘme nom, RĂ©fugiĂ©s. GrĂące Ă leur recul, Ă leur sensibilitĂ©, illustrateurs et scĂ©naristes nous apportent une autre lecture des Ă©vĂ©nements, tout aussi fouillĂ©e quâun article ou un documentaire, mais douĂ©e dâun supplĂ©ment dâĂąme. Ils abolissent les frontiĂšres, comme ceux dont ils racontent les destins ont dĂ» les enjamber. » La fabrication dâimages dessinĂ©es peut aussi sâavĂ©rer prĂ©monitoire. Dans No comment Drugstore, un album muet dĂ©nonçant le cynisme et lâapathie de lâĂ©poque contemporaine, Ivan Brun a reprĂ©sentĂ© deux enfants mortellement Ă©chouĂ©s sur une plage europĂ©enne devant le regard de touristes indiffĂ©rents, aprĂšs un pĂ©riple en bateau ressemblant fortement Ă celui du Radeau de la MĂ©duse de GĂ©ricault. Lâouvrage a Ă©tĂ© publiĂ© en 2008, soit sept ans avant la tragĂ©die dâAylan, ce petit garçon syrien dâorigine kurde dont la dĂ©pouille a Ă©tĂ© retrouvĂ©e sur le littoral turc Lisa Mandel dans le camp de Calais La plupart des contributions graphiques Ă la thĂ©matique des exilĂ©s reste toutefois des tĂ©moignages dessinĂ©s, rĂ©alisĂ©s sur le terrain. LâAmĂ©ricain Joe Sacco, pionnier de la BD-reportage, a abordĂ© Ă plusieurs reprises le thĂšme de lâexil et de la migration forcĂ©e au cours de ses chroniques de guerre. AccompagnĂ©e de la sociologue Yasmine Bouagga, Lisa Mandel sâest, elle, immergĂ©e pendant une annĂ©e dans le camp de Calais, expĂ©rience dont elle tira les Nouvelles de la Jungle Casterman, 2017, un journal de bord oĂč lâhumour vient en aide Ă la comprĂ©hension dâune situation aussi inextricable que dramatique. © LISA MANDEL & YASMINE BOUAGGA, Casterman, 2017 Plus rĂ©cemment, Edmond Baudoin et Troubs se sont rendus dans la vallĂ©e de la Roya Ă la rencontre de ces militants â CĂ©dric Herrou en tĂȘte â venant en aide aux migrants dâorigine africaine qui tentent de passer la frontiĂšre italo-française. TruffĂ© dâinterviews rĂ©alisĂ©es sur place, leur ouvrage Humains, la Roya est un fleuve, LâAssociation, 2018 rend tangible les tragĂ©dies accompagnant chaque parcours migratoire par le truchement de portraits croquĂ©s sur le vif. Nous faisions poser les migrants en leur demandant de nous raconter leur pĂ©riple, dĂ©taille Troubs. La plupart avaient du mal Ă parler car ils Ă©taient encore sous le choc, certains ayant mĂȘme vu mourir leurs copains en mer quelques jours plus tĂŽt. La pratique du dessin en direct les fascinait, et libĂ©rait les langues. A la fin, nous donnions Ă chacun son portrait, non sans lâavoir photographiĂ© au prĂ©alable afin de pouvoir le reproduire de retour Ă lâatelier. » © EDMOND BAUDOIN & TROUBâS, LâAssociation, 2018 © HAFIZ ADEM, Atelier SP/Dessins sans papiers, 2017 Au Lyon BD festival du 5 au 10 juin, lâexposition RĂ©fugiĂ©s » rend compte de la diversitĂ© de la production autour du drame des migrants. Avec des tĂ©moignages, des rĂ©cits, le 9e art parvient Ă sortir le sujet de sa banalisation mĂ©diatique. Dessins sans papiers et les ateliers pour rĂ©fugiĂ©s Troubs et Baudoin nâont pas proposĂ© Ă leurs modĂšles de prendre le crayon pour dessiner Ă leur tour. Ils auraient trĂšs bien pu le faire cependant, Ă lâinstar des membres de Dessins sans papiers, une association qui organise des ateliers dans les camps de rĂ©fugiĂ©s et les centres dâhĂ©bergement de la rĂ©gion parisienne. Des boĂźtes de feutres sont mises Ă disposition des candidats Ă lâasile ; libre Ă eux, en particulier ceux qui ne maĂźtrisent pas suffisamment la langue française, de sâen emparer pour raconter leur voyage, forcĂ©ment agitĂ©. Lâassociation a autoĂ©ditĂ© deux rĂ©cits qui relatent de lâintĂ©rieur la rĂ©alitĂ© dâune migration clandestine. Dans le premier, Le Voyage de Hafiz El Sudani, lâauteur soudanais Hafiz Adem propose une sĂ©rie dâillustrations qui tĂ©moigne dâun sens innĂ© de la couleur et de la composition. Ce fils de cultivateur, qui ne parlait pas un mot de français en arrivant, nâavait jamais dessinĂ© de sa vie auparavant, sinon dans son enfance. AprĂšs avoir vu ses croquis, le peintre HervĂ© Di Rosa lâa invitĂ© en rĂ©sidence dans son MusĂ©e international des arts modestes, Ă SĂšte. Le second ouvrage publiĂ© par Dessins sans papiers, Le Journal de Mickey le vieux, est lâĆuvre dâun autre autodidacte, Mohammed Ndepe Tahar, de nationalitĂ© camerounaise. De la mĂȘme facture esthĂ©tique, aux confins de lâart brut, le rĂ©cit dĂ©crit une odyssĂ©e elle aussi dramatique la traversĂ©e du Sahel en camion, lâesclavage au Niger, la prison en AlgĂ©rie, la perte dâun ami proche au pied des barriĂšres de lâenclave de Melilla⊠Comme Hafiz Adem, Mohammed Ndepe Tahar sâest lui aussi rĂ©vĂ©lĂ© dans la pratique du dessin. Un troisiĂšme tĂ©moignage autobiographique sera bientĂŽt publiĂ© par Dessins sans papiers. SignĂ© dâun autre exilĂ© soudanais, il racontera lâhorreur de la guerre du Darfour du point de vue des civils. Lâassociation sâattaquera ensuite Ă la rĂ©alisation dâune anthologie de dessins collectifs, reprĂ©sentant un motif qui revient souvent au cours ses ateliers les fleurs. Symboles de lâespĂ©rance, dit-on. RĂ©fugiĂ©s », festival Lyon BD, galerie des Terreaux, 12, place des Terreaux, Lyon 1er. Du 5 au 10 juin, Le prix Hors Cases » du festival Lyon BD, qui rĂ©compense une initiative contribuant au dĂ©cloisonnement de la bande dessinĂ©e, a Ă©tĂ© attribuĂ© cette annĂ©e Ă lâassociation Ink Link. LancĂ©e il y a deux ans, notamment par le scĂ©nariste Wilfrid Lupano Les Vieux Fourneaux, Ink Link fait se rencontrer auteurs de BD et organisations non gouvernementales dans le cadre dâun accompagnement crĂ©atif autour du dessin. Le Monde et la sociĂ©tĂ© dâauteurs la Sofia sont partenaires de ce prix. Nouscomptons sur un soutient financier permettant de dĂ©velopper la bande dessinĂ©e qui sera commercialisĂ© en 2021 afin d'atteindre un public passionĂ©e de B.D et obtenir un visuel de la saga H.A.R.D. Le but est d'influer un mouvement venant de la France car c'est avant tout une maison d'Ă©dition Francaise qui crĂ©e une franchise de super Emil Ferris, Autoportrait, 2017 âJe ne voulais pas ĂȘtre une femme, je voulais ĂȘtre un monstre. Je voulais ĂȘtre une sirĂšne, je voulais ĂȘtre Medusa, je voulais ĂȘtre le loup-garou, bref je voulais ĂȘtre nâimporte qui sauf ces femmes enfermĂ©es dans ces petites maisons!â âQuand on est un monstre, on fait ce que quâon veux, on peut faire tout ce quâil nâest pas possible de faire normalement. Et surtout, on nâest pas obligĂ© de jouer un rĂŽle imposĂ© par les autres. On peut vivre son propre rĂŽle.â La bĂ©dĂ©aste Emil Ferris naĂźt en 1962 dans le South Side de Chicago, au sein dâune famille dâartistes. Elle travaille dans un premier temps comme illustratrice et conceptrice de jouets, avant de sâinscrire Ă un cours dâĂ©criture crĂ©ative au sein de lâinstitut dâart de Chicago. Elle se lance parallĂšlement dans un travail monumental auquel elle consacrera six ans de sa vie. Cet ouvrage, intitulĂ© âMoi, ce que jâaime, câest les monstresâ, essuie quarante-huit refus, avant dâeÌtre publieÌ chez lâeÌditeur ameÌricain Fantagraphics en fĂ©vrier 2017. Le best-seller sâĂ©coule aÌ plus de 100 000 exemplaires, et trouve rapidement son chemin vers lâhexagone. Cinquante pages sont dâabord preÌ-publieÌes dans le journal LibĂ©ration en 2018, puis, lâeÌditeur Monsieur Toussaint Louverture, connu pour sa politique eÌditoriale audacieuse, se charge de le publier. Emil Ferris est ainsi reconnue par de grand-es bĂ©dĂ©astes Alison Bechdel, Art Spiegelman, Chris Ware et reçoit de nombreux prix1 dâAngouleÌme 2019. Si elle ne se revendique pas dâune Ă©cole ou dâun courant artistique en particulier, on peut nĂ©anmoins constater lâinfluence que la peinture a eu sur lâauteure Ferris inteÌgre aÌ son travail de nombreux dessins dâĆuvres dâarts, Ă lâimage de Goya, dâEugeÌne Delacroix, Seurat, LeÌon GeÌroÌme ou encore Jacob Joardens, qui teÌmoignent dâune large culture artistique hĂ©ritĂ©e de son pĂšre2. Elle redonne vie Ă ces toiles en les intĂ©grant pleinement Ă lâhistoire puisque la protagoniste passe beaucoup de temps Ă dessiner et Ă se balader au musĂ©e avec son frĂšre Deeze. Son enquĂȘte est ainsi jalonnĂ©e par de cĂ©lĂšbres tableaux qui semblent parfois sâanimer, grĂące au regard singulier du personnage. Ces peintures cĂŽtoient des couvertures de magazines dâhorreurs dĂ©lirantes, inspireÌes des affiches de films ameÌricains ainsi que des DC comics. Bien sĂ»r, Emil Ferris est aussi une fĂ©rue de bande-dessinĂ©e on la compare notamment aÌ Robert Crumb pour ses dessins hachureÌs, aÌ Will Eisner ou encore Ă Maurice Sendak et Art Spiegelman. âMoi ce que jâaime câest les monstresâ, Emil Ferris, Monsieur Toussaint Louverture, 2017 Couverture de âMoi ce que jâaime câest les monstresâ, Emil Ferris, Monsieur Toussaint Louverture, 2017 Jâai deÌcouvert le roman graphique dâEmil Ferris un peu par hasard, au milieu de tous les trĂ©sors de la librairie parisienne Super-HeÌros. JâeÌtais persuadeÌ que je mâapprĂȘtais Ă lire le rĂ©cit banal dâune enfant marginale un peu nerdy, rejeteÌe par ses camarades de classe. A la lecture, lâintrigue et les personnages mâont complĂštement fascinĂ©s. Cette bande-dessinĂ©e faite entiĂšrement au stylo Ă bille est complĂštement hors-norme, monstrueusement fabuleuse, tant par son ambition graphique que narrative. Lâhistoire, partiellement inspirĂ©e de lâenfance dâEmil Ferris3, se deÌroule aÌ Chicago aÌ la fin des anneÌes 1960. Le personnage principal, Karen Reyes, dix ans, est passionneÌe par les creÌatures monstrueuses et se perçoit elle-meÌme comme un loup-garou. Le jour de la Saint-Valentin, Karen apprend la mort de sa voisine, Anka Silverberg. La jeune inspectrice dĂ©cide de mener lâenqueÌte et consigne ses rĂ©flexions dans son journal intime. GrĂące aux cassettes retrouvĂ©es par le veuf, elle dĂ©couvre le terrible passeÌ dâAnka au coeur de lâAllemagne nazie et du milieu de la prostitution. Le rĂ©cit cadre, constituĂ© du flux de pensĂ©es ininterrompues de Karen, est entrecoupĂ© dâĂ©pisodes flashbacks, racontant les souvenirs dâAnka. La caracteÌrisation des personnages sâeffectue majoritairement par le biais du reÌcit de la protagoniste. Son carnet et ses dessins nous permettent dâacceÌder aÌ sa perception sensible des autres personnages. Sur la planche Karen effectue le portrait de sa mystĂ©rieuse voisine, qui fera lâobjet de cette enqueÌte complexe. La forme du journal intime â la narration aÌ la premieÌre personne, ainsi que lâeÌparpillement des eÌleÌments graphiques et textuels â permet dâeÌtablir une caracteÌrisation atypique et subjective du personnage. La jeune inspectrice construit le portrait dâAnka Ă partir dâun ensemble de petits eÌleÌments visuels fragmentĂ©s une boucle dâoreille bleue, les balles dâun revolver qui fusent, un chat aux yeux verts diaboliques, le visage fermĂ© et inquiĂ©tant du mari dâAnka⊠Une vision panoptique de la planche est essentielle pour saisir lâimpression singuliĂšre que provoque Anka chez Karen. âMoi ce que jâaime câest les monstresâ, Emil Ferris, Monsieur Toussaint Louverture En sâĂ©mancipant radicalement des standards de la bande-dessinĂ©e4, Emil Ferris participe sans conteste au renouvellement du genre, au regard de sa manieÌre ineÌdite de penser la sĂ©quentialitĂ© ainsi que le rapport entre le texte et lâimage5 et de la liberteÌ quâelle insuffle dans son dessin. Avec ce livre, Emil Ferris nous offre un magnifique clair-obscur, en faisant apparaĂźtre la lumiĂšre dans lâobscuritĂ©6, la beautĂ© chez les monstres qui peuplent notre quotidien7. Citer cet article Jules Cordier, "Un monstre de la bande-dessinĂ©e", dans Les Jaseuses, publiĂ© le 08/02/2022, consultĂ© le 26/08/2022. âMoi, ce que jâaime, câest les monstresâ reçoit par exemple le fauve dâor au festival [â©]âMon pĂšre adorait tellement lâart, quâil nous emmenait dans tous les musĂ©es de Chicago pour voir des tableaux. Il nous disait regarde ce tableau, reste devant, regarde-le en profondeur, respire-le, ressens-le, aime le, ou dĂ©teste le, peu importe, mais sois Ă lâintĂ©rieur de lui. Câest ce que jâai fait.â / âCâest grĂące Ă mon pĂšre que jâai appris la composition, avec lui que jâai appris Ă lire lâart. Il mâa tout appris. Et quand on a appris Ă apprendre, on peut ensuite sâĂ©duquer soi-mĂȘme. Câest lâhĂ©ritage quâil mâa lĂ©guĂ©.â [â©]Le personnage de Karen fait notamment eÌcho aÌ la perception quâEmil Ferris avait dâelle-meÌme, et la plupart des personnages sont des gens quâelle connaissait [â©]âEt je voulais que ce soit un carnet. Je me foutais des standards de la bande dessineÌe, pas parce que je ne les aime pas, au contraire, je les adore, mais cette histoire nâaurait jamais voulu rentrer dans les cases.â [â©]Emil Ferris utilise une technique de dessin intuitive; elle laisse lâhistoire guider la mise en page âLâhistoire a progressĂ© au fur et Ă mesure de lâĂ©criture. CâĂ©tait mieux de laisser les choses venir, je sais câĂ©tait un peu fou, et un peu angoissant, je me disais oh mon Dieu, comment je vais mâen sortir, est-ce que je ne vais pas me perdre est-ce que je ne vais pas tout rater ? Mais en mĂȘme temps câest comme un pari, et câest est excitant dâune certaine maniĂšre, de ne pas savoir ce qui va arriver.â [â©]âOn a besoin de lâobscuritĂ© pour voir la lumiĂšre. La beautĂ© est plus belle quand elle sort de la noirceur. Il suffit de regarder les peintures de Caravageâ. [â©]Toutes les citations proviennent de lâinterview du 28 septembre 2018 menĂ©e par Laurence Houot pour France Info Ă lâoccasion de lâexposition de lâĆuvre dâEmil Ferris Ă la Galerie Martel [â©]